Future Festivals Field Guide FR: Les innovateurs culturels mondiaux réunis au premier Sommet Festivals Future
Les innovateurs culturels mondiaux réunis au premier Sommet Festivals Future
Une réunion de 100+ créateurs de festivals du monde entier révèle comment les festivals créent des utopies éphémères.
Maurice Jones, chef de projet de Future Festivals, et Naomi Johnson, de imagineNATIVE, accueillent les participant·e·s au sommet.
Photo: Maryse Boyce
Photo: Maryse Boyce
S’il y a une leçon qui ressort après un an de discussions à propos de l’avenir des festivals, c’est qu’on a besoin d’encore plus de discussions. Tout d’abord, les défis à relever localement sont soit trop vastes, soit trop spécifiques pour qu’on puisse émettre des prescriptions générales. Ensuite, le travail sur le terrain est trop précaire (et trop épuisant) pour qu’on puisse imaginer des solutions radicales ou des perspectives à long terme. Il s’avère que le fait d’offrir aux organisateur·rice·s de festivals un espace pour discuter de leurs problèmes et partager leur expérience fait une grande différence dans leur pratique et constitue une bonne partie de la solution.
Il n’est pas surprenant, dans ce cas, que le projet de Future Festivals ait culminé avec la création d’un sommet. Contrairement aux tables rondes et aux ateliers précédents, tous intégrés dans la programmation régulière des festivals partenaires, ce « festival pour les créateur·rice·s de festivals » se voulait autonome et revendiquait tout l’espace dont il avait besoin. Conformément à la vision que Maurice Jones, l’instigateur de Future Festivals, a exposée en juin dernier, l’objectif était de présenter « une multiplicité d’avenirs possibles ». Si les festivals sont des « utopies temporaires », alors le sommet devait se positionner comme une véritable intervention. « En tant qu’organisateur·rice·s de festivals, si nous sommes incapables d’imaginer notre propre avenir, comment pourrions-nous continuer à concevoir celui des autres ? »
Le 19 août 2024, à l’approche du 25e anniversaire de MUTEK Montréal, plus de 100 festivalier·ère·s se sont réuni·e·s à la Société des arts technologiques (SAT) pour participer à la conversation. Guidés par un groupe de panélistes incroyables, nous avons discuté des défis et enjeux actuels, puis nous avons essayé d’imaginer le futur le plus lointain possible. Nous avons identifié des actions concrètes pour soutenir le secteur culturel dès maintenant et affirmé notre affirmé notre volonté de résister à l’emprise des algorithmes. Nous avons étudié les bonnes pratiques pour la création de festivals écologiques ainsi que les risques encourus par différentes biorégions. Nous avons assisté à des chorégraphies robotisées, consulté des hologrammes et foncé jusqu’à l’année 2048, où les festivals ne font aucun compromis et opèrent à l’année.
Pendant le sommet, une véritable utopie a pris vie à la SAT. Le dôme à 360 degrés, habituellement dédié aux installations immersives et performances audiovisuelles, s’est métamorphosé en un portail vers une réalité festivalière alternative. On y découvrait des images de synthèse saisissantes, imaginées et animées par le collectif berlinois de design fiction N O R M A L S. Ces visuels représentaient un « festival où chaque électron compte et où toutes les voix trouvent leur place ». Pleines d’optimisme et de poésie, ces images inspiraient les discussions des tables rondes et offraient aux participant·e·s un espace pour se détendre et rêver entre les sessions.
Le groupe de recherche de Future Festivals avait lancé la discussion au sein d’un cercle restreint de pairs, et le sommet a élargi cet espace, permettant à un public plus large d’y participer et à des personnes innovantes du milieu culturel de contribuer. Comme l’a écrit Maurice Jones en juin : « Même si nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes du monde entier, en tant qu’organisateur·rice·s de festivals, nous avons le pouvoir de rassembler les gens pour réfléchir ensemble à des solutions. »
Discours d’ouverture: « De Festival as Lab à Utopies Temporaires » avec Drew Hemment (The New Real)
Performances, conférences, atelier : « Reprendre le pouvoir de la Big Tech » avec Nancy Lee, Rilla Khaled et Bani Brusadin
Performances, conférences, atelier : « Faire l’Expérience de Futurs Festivals Équitables » avec Cassie Thornton, Renee Dumaresque & Stefana Fratila (CRIP Rave), et San Farafina (Club Sagacité)
Perrformances, conférences, atelier : « Catalyser une Révolution Verte » avec Liam Young, Mikellena Nettos, et Kamya Ramachandran
Tables rondes : « Festivals du monde, unissez-vous ! » avec Patrick Kearney (Le REFRAIN), Sandra O’Connor (Festival TransAmériques), Philippe U. del Drago (Le FIFA), Laurent Bigarella (Arty Farty, Reset !), et Alain Mongeau (MUTEK) ; « Les Festivals, des Utopies Temporaires » avec Maurice Jones (MUTEK), Naomi Johnson (imagineNATIVE), Drew Hemment (The New Real), et Jessie Mill (Festival TransAmériques)
Drew Hemment, fondateur du festival FutureEverything, s’appuie sur deux décennies d’expérience à la tête de ce festival basé à Manchester pour imaginer de nouvelles trajectoires pour l’avenir des festivals.
Drew Hemment s’est donné pour mission d’aller au-delà de la vision traditionnelle d’un festival comme simple vitrine artistique ou lieu de divertissement. Il a travaillé à en faire des espaces où émergent de nouvelles idées, esthétiques et formes de solidarité. Dans son discours d’ouverture, le fondateur et directeur de longue date de FutureEverything a pris une démarche inhabituelle en parlant de son propre parcours, retraçant les origines d’une approche qui a marqué toute sa carrière.
« À la fin des années 80, début des années 90, j’ai eu la chance de me retrouver en plein milieu d’une révolution culturelle », a lancé Hemment en montrant une photo projetée de lui, plongé dans l’énergie et l’expérimentation de la scène « rave » et « acid house » de l’époque. Après avoir décroché une résidence de DJ à Leeds en 1988 et s’être lancé à corps perdu dans la production, les événements et les maisons de disques DIY, il a été stupéfait de voir comment cette culture musicale émergente a donné naissance à de nouvelles scènes et à de nouveaux modes d’organisation sociale. « C’était la décennie de Margaret Thatcher, de la grève des mineurs… c’était très politique ». Ses amis et lui se sont demandé pourquoi, dans ce cas, n’y avait-il pas de festival qui soit aussi sérieux dans son approche. C’est ainsi qu’est née en 1996 Futuresonic, la série d’événements qui allait se transformer en FutureEverything à la fin des années 2000.
À l’origine, Futuresonic était une série d’événements itinérants, accompagnée de quelques manifestations spéciales telles que SenseSonic (axé sur la spatialisation sonore), Minimal Data (images en mouvement et de son), et Submerge (un club médiatique immersif présenté lors de l’ISEA1998). En 2000, le projet est devenu un festival annuel et s’est implanté à Manchester. Un tournant pour Hemment et l’organisation est survenu en 2001 avec l’exposition « Broken Channel », réalisée en collaboration avec Cornerhouse. Des artistes internationaux tels que Jenny Marketou, Ultra-red, Kaffe Matthews, et Riz Maslen y ont exploré « l’émergence de la surveillance des bases de données ». « Nous avons cessé de nous limiter à la présentation d’œuvres qui traitent du changement social pour nous tourner vers une démarche visant à créer un changement concret. », explique Hemment concernant leur évolution vers une approche plus engagée. « Organiser un festival prend au moins 12 mois, alors nous avons décidé de considérer cette période comme un tout et de l’appeler « laboratoire ». » En 2008, Hemment a concrétisé le concept du festival en tant que laboratoire en publiant une boîte à outils destinée aux autres producteur·rice·s culturels.
« Organiser un festival prend au moins 12 mois, alors nous avons décidé de considérer cette période comme un tout et de l’appeler laboratoire. »
Hemment a quitté son poste à la tête de FutureEverything en 2016, après avoir organisé 35 événements en un peu plus de vingt ans. Aujourd’hui, il est directeur de Festival Futures à l’Edinburgh Futures Institute et chercheur à l’Alan Turing Institute. En tant que chercheur principal de The New Real, un centre de recherche en intelligence artificielle qu’il « dirige comme un festival », Hemment continue de réfléchir activement à la nature et au potentiel des festivals. Fort de son expérience en tant qu’organisateur, il a proposé six trajectoires pour l’avenir des festivals, non pas comme des prédictions, mais comme des possibles, des provocations. Pour Hemment, les festivals peuvent être :
- Des paratonnerres pour les signaux faibles : Les festivals du futur ont le potentiel de devenir des espaces où émergent les premiers signes de changement, permettant ainsi de les repérer et de les rendre concrets.
- Promouvoir les connexions et les communautés au-delà des bulles de filtres :En accueillant les contradictions et en mettant en relation des idées et des personnes jusque-là séparées, ces festivals créent un espace liminal où l’ambiguïté est acceptée et où de nouvelles possibilités peuvent être explorées. Un tel espace a le potentiel de générer des idées radicales et de favoriser un changement social profond.
- Créateurs de formes et d’expériences nouvelles : Les festivals encouragent la collaboration et la créativité entre les arts et les sciences, explorant ainsi les limites des technologies, des idées et des matériaux.
- Infrastructures culturelles additives et régénératrices : Les festivals du futur construisent des infrastructures culturelles qui ajoutent des dimensions créatives aux villes, encouragent des pratiques régénératrices dans les écosystèmes naturels et soutiennent les travailleur·euse·s culturels en garantissant des salaires et des conditions de travail équitables.
- Favoriser les découvertes fortuites : Les festivals sont des moments d’apprentissage social et expérientiel, où de nouveaux composites de créativité et de communauté se forment, permettant aux participant·e·s d’explorer et de construire ensemble de nouveaux mondes.
- Catalyseurs de l’intelligence planétaire : Imaginer un festival comme un arbre : ses racines diffusent des nutriments à travers tout un écosystème, permettant à d’autres éléments de croître et de s’épanouir. Ainsi, il favorise des changements sociétaux profonds et une meilleure compréhension de notre monde interconnecté.
Hemment a approfondi sur le sujet dans un article théorique publié avant le sommet, figurant plus haut dans le Guide de terrain des Futurs Festivals. En présentant les trajectoires en direct, à sa manière unique, il a préparé le terrain pour une journée à la fois inspirante et productive.
« Les festivals sont des espaces non régis par les algorithmes. Des lieux où les gens peuvent sortir de leurs bulles de filtres. »
Résumé : Hemment était particulièrement bien placé pour inaugurer le premier Sommet Future Festivals, grâce à ses décennies d’expérience dans le secteur culturel et son enthousiasme sans faille pour les festivals en tant qu’agents de changement. En partageant ses leçons de vie avec la nouvelle génération, il semblait leur transmettre le flambeau. Deux de ses propositions nous ont particulièrement marqués : d’abord, l’idée que les festivals peuvent offrir des infrastructures additives et régénératives nous permet de réimaginer les festivals comme des lieux de réparation face aux pressions du capitalisme, du racisme systémique et des injustices omniprésentes. Le besoin de guérison est profond. Ensuite, son appel à ce que les festivals deviennent des catalyseurs de l’intelligence planétaire, inspiré par Benjamin Bratton et d’autres penseurs, propose une voie pour dépasser le manque de coopération internationale aggravé par la pandémie de COVID-19 et les effets croissants du changement climatique. Abaisser nos défenses et travailler ensemble à un niveau interpersonnel dans les « safe spaces » offerts par les festivals est une approche prometteuse.
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Alexander Scholz
Alexander Scholz (he/him) is a Berlin-based writer, curator, and publisher. He’s the founder and co-editor of HOLO, an independent media imprint that explores critical creative practice where art, science, technology, and culture intersect. Scholz works regularly with international festivals and cultural organisations and has, for example, developed exhibitions, conferences, and educational formats for A.C.C. (Gwangju, KR), Mapping (Geneva, CH), MUTEK (Montréal, CA), and NODE Forum for Digital Art (Frankfurt, DE).
Greg J. Smith
A writer and cultural worker based in Hamilton, Canada, Greg is an editor for HOLO and his writing has appeared in publications including Creative Applications Network, Musicworks, and Back Office. He is also a PhD candidate within the Department of Communication Studies and Multimedia at McMaster University, where he is researching the emergence of the programmable drum machine in the early 1980s.




